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Acheter un bien immobilier à plusieurs : quelles solutions juridiques choisir ?

Acheter un bien immobilier à plusieurs permet de mutualiser son apport financier, d'optimiser sa capacité d'emprunt et de réduire l'effort d'investissement. Pour concrétiser un achat groupé, les acquéreurs disposent de quatre cadres juridiques principaux : l'indivision, la Société Civile Immobilière (SCI), la tontine ou le démembrement de propriété. Le choix de la structure dépend des objectifs de gestion du bien, du lien familial ou amical et des stratégies de transmission successorale.
04.08.2026•Pauline Brachet•8 minutes

En début d’année, le contexte bancaire s’est stabilisé avec des taux d’intérêt moyens autour de 3 % sur 15 à 25 ans. L’accès au crédit exige un apport personnel de l’ordre de 10 % pour couvrir les frais de notaire, le respect du taux d’endettement maximal de 35 % et la prise en compte du taux d’usure fixé par la Banque de France (de 4,12 % pour moins de 10 ans à 5,13 % pour 20 ans et plus). Par ailleurs, la réforme du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) abaisse le coefficient de conversion de l’électricité à 1,9, permettant à environ 850 000 logements d’échapper au statut de passoire énergétique.

Couple souriant marchant dans le jardin partagé d'une résidence moderne avec balcons

L'indivision : une simplicité immédiate mais une instabilité juridique

L’indivision est le régime juridique qui s’applique automatiquement lorsque plusieurs personnes achètent un logement ensemble sans créer de société. Chaque acquéreur, appelé co-indivisaire, possède une quote-part du bien proportionnelle à son apport financier, sans disposer d’une fraction matérielle individualisée.

  • Fonctionnement et risques : Les décisions de gestion courante requièrent la majorité des deux tiers, tandis que les actes majeurs (tels que la revente du bien) exigent l’unanimité. Cette règle expose l’investissement à un risque de blocage en cas de désaccord.
  • Principe de sortie : Selon l’article 815 du Code civil, « nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision ». Tout indivisaire peut provoquer la vente du bien à tout moment, sauf en cas de signature d’une convention d’indivision limitée à 5 ans.
  • Évolutions législatives : La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 facilite la sortie de l’indivision. Elle permet à un indivisaire de saisir le juge pour vendre seul un bien en cas d’urgence et d’intérêt commun. De plus, les indivisaires détenant au moins 2/3 des droits peuvent exprimer devant notaire leur intention d’aliéner ou de partager le bien, laissant au juge le soin de trancher en cas d’opposition minoritaire.

La SCI : la structuration sur mesure et l'optimisation successorale

La Société Civile Immobilière (SCI) crée une personne morale distincte qui détient la pleine propriété du bien immobilier. Les investisseurs deviennent associés et reçoivent des parts sociales au prorata de leur engagement financier.

  • Gestion personnalisée : La rédaction des statuts de la SCI attribue la gestion à un gérant et fixe librement les règles de majorité, écartant la contrainte de l’unanimité pour les actes de gestion et de vente.
  • Fiscalité au choix (IR vs IS) :
    • Impôt sur le Revenu (IR) : Régime fiscal par défaut. Les bénéfices sont imposés chez les associés au titre des revenus fonciers. Ce choix préserve le régime des plus-values immobilières des particuliers (exonération d’impôt au bout de 22 ans d’détention et de prélèvements sociaux après 30 ans).
    • Impôt sur les Sociétés (IS) : Option irrévocable. Elle permet à la société d’amortir le bien comptablement pour réduire l’imposition annuelle. Cependant, la plus-value lors de la revente est calculée sur la valeur nette comptable, ce qui alourdit l’imposition de sortie.
  • Transmission successorale : La SCI familiale constitue un levier d’optimisation en permettant de transmettre la nue-propriété des parts aux enfants avec réserve d’usufruit pour les parents, tout en profitant de l’abattement de 100 000 € par enfant renouvelable tous les 15 ans.
  • Le démembrement croisé de parts : Particulièrement adapté aux couples non mariés (concubins ou partenaires de PACS), ce montage attribue à chaque partenaire la nue-propriété de 50 % des parts et l’usufruit des 50 % restants. Au décès du premier conjoint, son usufruit s’éteint, conférant au survivant l’usage total du logement (pleine propriété de ses parts et usufruit sur celles des héritiers).

La clause de tontine : la protection absolue du survivant au détriment de la souplesse

La tontine, ou pacte tontinier, est une clause contractuelle d’accroissement intégrée dans l’acte d’acquisition du logement ou dans les statuts d’une société. Elle stipule qu’au décès de l’un des co-investisseurs, le survivant est réputé avoir toujours été le seul et unique propriétaire du bien depuis le jour de l’achat.

  • Mécanisme civil : Le logement n’entre pas dans la succession civile du défunt. Le survivant est intégralement protégé contre les prétentions des héritiers réservataires.
  • Fiscalité stricte : Le transfert est assimilé par l’administration fiscale à une transmission à titre gratuit. Entre concubins, le survivant supporte une taxation au taux de 60 % après l’application d’un abattement limité à 1 594 €.
  • Exemption pour résidence principale : La tontine est soumise uniquement aux droits de mutation à titre onéreux (au taux de 5,80 %) si le bien constitue la résidence principale commune des acquéreurs et que sa valeur totale au jour du décès ne dépasse pas 76 000 €.
  • Risque de requalification fiscal : La validité du pacte tontinier exige l’existence d’un aléa réel (espérance de vie comparable et capacité financière équivalente des acheteurs). En présence d’un acquéreur gravement malade ou si un membre finance la quasi-totalité de l’achat, l’opération s’expose à un risque de requalification en donation déguisée (conformément à la jurisprudence de la Cour de cassation, Cass. 1re civ., 12 janvier 2022 et à l’Avis CADF n° 2021-08).

L'acquisition en démembrement de propriété parents-enfants

Le démembrement de propriété consiste à séparer les prérogatives juridiques du bien entre l’usufruitier (qui détient le droit d’habiter le logement ou de percevoir les revenus locatifs) et le nu-propriétaire (qui détient le droit d’en disposer).

  • Avantage au décès : Lors du décès de l’usufruitier, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété du bien en franchise totale de droits de succession complémentaires.
  • Présomption de fictivité (Article 751 du CGI) : L’article 751 du Code général des impôts (CGI) présume que tout démembrement réalisé entre un défunt et ses héritiers revêt un caractère fictif, réintégrant le bien dans l’actif taxable de la succession.
  • Conditions de régularité : Pour écarter cette présomption, les acheteurs doivent apporter la preuve de l’origine des fonds de l’enfant. Cela s’effectue par une donation de deniers enregistrée par acte notarié plus de 3 mois avant la signature du contrat d’achat, assortie d’une clause de remploi expressément inscrite dans l’acte notarié d’acquisition.
  • Fiscalité de l’IFI : Les biens immobiliers sont intégrés dans le patrimoine taxable à l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) dès lors que le patrimoine net atteint 1,3 million d’euros. L’usufruitier déclare en principe le bien pour sa valeur en pleine propriété, tandis que la résidence principale bénéficie d’un abattement légal de 30 %.

Comment la tontine protège-t-elle les concubins sans mariage ni PACS ?

En vertu du pacte tontinier, le logement n’intègre pas la masse successorale civile. Toutefois, sur le plan fiscal, le concubin survivant est imposé à hauteur de 60 % après un abattement de 1 594 €, sauf si le bien constitue la résidence principale commune d’une valeur inférieure à 76 000 €.

Comment fonctionne le choix fiscal entre l'IR et l'IS au sein d'une SCI ?

Soumise à l’Impôt sur le Revenu (IR), la SCI laisse les associés déclarer leurs revenus fonciers avec un droit à l’exonération totale de plus-value au bout de 30 ans. À l’Impôt sur les Sociétés (IS), l’amortissement du bien réduit l’imposition annuelle immédiate, mais la plus-value de sortie est recalculée sur la valeur nette comptable déduite des amortissements.

Quelle différence juridique existe-t-il entre l'indivision et la SCI pour acheter à plusieurs ?

En indivision, l’unanimité reste indispensable pour les décisions de disposition comme la vente du bien, avec un droit de sortie individuel garanti par l’article 815 du Code civil (assoupli par la loi n° 2026-248). En SCI, les associés fixent librement les majorités dans les statuts, protégeant le projet contre les risques de paralysie de gestion.

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