
Pourtant, en cas de séparation ou de décès, les règles de transmission d’un bien varient drastiquement selon votre statut juridique (mariage, PACS ou concubinage). En l’absence de protection automatique pour les couples non mariés, anticiper les aspects juridiques et fiscaux est indispensable pour éviter toute impasse financière.
Mariage, PACS ou Concubinage : comparaison des protections
Selon le statut de votre union, la protection légale par défaut est très inégale :
- Concubinage (Union libre) :
- Statut : Aucune protection automatique. Les conjoints sont considérés comme des tiers.
- Propriété : Régime de l’indivision par défaut.
- Protection en cas de décès : Nulle sans disposition spécifique. Droits de succession de 60 % pour le survivant.
- Recommandation : Rédiger un testament, établir une convention d’indivision, créer une SCI ou insérer une clause spécifique.
- Pacte Civil de Solidarité (PACS) :
- Statut : Cadre fiscal avantageux mais protection successorale incomplète.
- Propriété : Indivision des biens ou séparation selon la convention de PACS.
- Protection en cas de décès : Exonération totale de droits de succession (0 €), mais le partenaire n’est pas héritier légal automatique.
- Recommandation : Rédiger obligatoirement un testament croisé chez le notaire.
- Mariage :
- Statut : Protection juridique et successorale maximale prévue par le Code civil.
- Propriété : Communauté réduite aux acquêts par défaut (sans contrat).
- Protection en cas de décès : Exonération de droits et part successorale réservée.
- Recommandation : Aménager par contrat de mariage ou donation entre époux si nécessaire.

L’achat en indivision : simple mais précaire (à sécuriser)
L’indivision est le régime qui s’applique par défaut. Chaque partenaire devient propriétaire d’une quote-part du logement.
Le piège des apports inégaux
Si un partenaire apporte 70 % du capital et l’autre 30 %, mais que l’acte d’achat indique une répartition 50/50 sans précision, le bien est réputé appartenir pour moitié à chacun. En cas de séparation, le produit de la revente sera partagé à parts égales. Il est impératif de faire mentionner la réalité des apports financiers dans l’acte notarié.
La convention d’indivision
Rédigée par un notaire pour une durée maximale de 5 ans renouvelable, elle permet de fixer les règles de gestion, de nommer un gérant et d’interdire la vente forcée durant cette période.
Le risque au décès et la protection du concubin survivant
Sans précaution, la part du défunt revient à ses héritiers légaux (enfants, parents). Trois scénarios surviennent souvent :
- Rachat des parts : Le concubin doit racheter la part des héritiers.
- Indivision forcée : Les héritiers bloquent les décisions du bien.
- Cession à titre gratuit : Si les héritiers cèdent leur part au concubin survivant, l’opération est taxée à 60 % par l’administration fiscale au titre des dons à un tiers.
Pour parer à cela, il est conseillé d’insérer une clause de rachat prioritaire dans la convention d’indivision.
Ce que change la loi du 7 avril 2026 sur l’indivision
La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 (entrée en vigueur le 9 avril 2026) simplifie la gestion de l’indivision successorale :
- Acceptation tacite : En cas de notification officielle, le silence d’un héritier vaut acceptation au bout de 3 mois.
- Vente unilatérale d’urgence : Le président du tribunal judiciaire peut autoriser un indivisaire à signer seul la vente si le blocage met en péril l’intérêt commun (dégradation du bien, charges).
- Encadrement des frais bancaires : Traitement des successions gratuit pour les portefeuilles de moins de 5 965 €, et plafonné à 1 % (max 857 €) au-delà.
Le PACS : la sécurité fiscale à compléter par un testament
Le PACS offre un cadre idéal pour l’imposition mais ne remplace pas un acte de transmission.
- Exonération de droits de succession : Le partenaire de PACS bénéficie d’un taux de succession de 0 %.
- Obligation du testament : Le partenaire pacsé n’étant pas un héritier légal aux yeux de la loi, il n’hérite de rien sans testament. Des testaments croisés rédigés chez le notaire sont indispensables pour se léguer mutuellement les parts du logement.
- Droit temporaire au logement : Le survivant bénéficie d’un droit d’occupation gratuite du logement principal pendant 1 an. Seul le testament sécurise la propriété sur le long terme.

La SCI et le démembrement croisé : la protection sur-mesure
La création d’une Société Civile Immobilière (SCI) permet au couple de détenir le bien indirectement par des parts sociales.
Chaque partenaire achète la nue-propriété de la moitié des parts et l’usufruit de l’autre moitié.
- Au décès du premier conjoint, son usufruit s’éteint naturellement.
- Le survivant récupère la pleine propriété de ses parts et conserve l’usufruit des parts du défunt.
- Il dispose ainsi de la jouissance totale du logement à vie (pour l’habiter ou le louer), sans que les héritiers ne puissent l’expulser ou exiger la revente.
Avantage fiscal
L’extinction de l’usufruit au décès n’est pas soumise aux droits de succession (art. 1133 du CGI).
La clause de tontine : protection absolue au coût fiscal lourd
Insérée dans l’acte d’achat, la clause de tontine (ou clause d’accroissement) stipule qu’au décès du premier partenaire, le survivant est réputé avoir été l’unique propriétaire depuis l’origine.
- Protection civile : Le bien n’entre pas dans la succession et échappe aux contestations des héritiers.
- Piège fiscal pour concubins : La transmission entre concubins non mariés est imposée à 60 % sur la part transmise. Exception : si le bien constitue la résidence principale et que sa valeur est inférieure à 76 000 €, seuls les droits de mutation ordinaires s’appliquent (~5,81 %).
- Alternative en SCI : Appliquer une tontine sur des parts de SCI ramène les frais de transmission aux droits de mutation de sociétés (~5 %).
Financement et fiscalité : optimiser son achat en 2026
En vigueur jusqu’au 31 décembre 2026, ce dispositif permet à un parent ou grand-parent de donner jusqu’à 100 000 € en exonération d’impôt (cumulable jusqu’à 300 000 € par bénéficiaire).
- Destination des fonds : Achat d’un logement neuf, en VEFA, ou réalisation de travaux de rénovation énergétique.
- Conditions : Fonds réinvestis chez le notaire sous 6 mois, occupation en résidence principale pendant au moins 5 ans. Attention : ce don n’est pas compatible avec un achat en SCI.
L'assurance emprunteur
Souscrire une quotité de couverture de 100 % sur chaque tête (100/100) permet à l’assureur de solder l’intégralité du capital restant dû en cas de décès de l’un des partenaires. Le survivant conserve ainsi le logement sans dette.
Est-il possible d'acheter seul tout en étant en couple ?
Oui. Si vous êtes concubins ou pacsés sous le régime de la séparation de biens, vous pouvez acquérir un bien immobilier en votre nom propre. Si vous êtes mariés sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, le bien acheté seul avec des fonds communs appartiendra par défaut à la communauté, sauf à rédiger une clause de réemploi de fonds propres démontrant que l’argent provenait d’un héritage ou d’une donation personnelle.
Que devient la maison en cas de séparation d'un couple non marié ?
En cas de séparation sous le régime de l’indivision, trois options sont envisageables : la revente du bien et le partage du produit au prorata des apports inscrits dans l’acte, le rachat de la part de l’autre par l’un des conjoints (rachat de soulte), ou le maintien temporaire dans l’indivision via une convention fixant une indemnité d’occupation si un seul des ex-partenaires continue d’y habiter. En cas de désaccord persistant, la justice peut être saisie pour ordonner la vente.
Faut-il se pacser ou se marier obligatoirement pour acheter une maison ?
Non, l’achat en concubinage (union libre) est totalement légal. Cependant, le mariage offre la protection automatique la plus solide grâce au régime matrimonial et au statut d’héritier réservataire. Le PACS est une alternative idéale sur le plan fiscal (0 % de droits de succession), mais il exige impérativement la rédaction d’un testament croisé chez le notaire pour que le partenaire survivant puisse hériter du logement.
Comment se protéger quand on habite ou investit chez son conjoint ?
Lorsqu’un partenaire emménage dans le bien dont l’autre est seul propriétaire et qu’il souhaite financer des travaux, la prudence s’impose. Sans contrat, les sommes versées sont considérées comme une participation aux charges du ménage ou un don sans contrepartie. Pour se protéger, il convient d’établir une reconnaissance de dette devant notaire ou d’opter pour un rachat de soulte (achat d’une part de la propriété par le conjoint pour devenir co-indivisaires).


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