Habiter à Nantes en 2050

 18.01.2018  Territoire

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Comment imaginer la ville du futur ? Le journal 20 Minutes s’est livré à cet exercice d’anticipation  - forcément périlleux -  à partir de pronostics émis par quatre spécialistes locaux d’architecture et d’urbanisme.

Dans son roman « Paris au XXème siècle » (1860), le nantais Jules Verne avait scénarisé, avec  cent ans d’avance, un milieu urbain remodelé par la verticalité des formes et conquis par un réseau de transport collectif de type ferroviaire qui, bannissant déjà les effets polluants de la vapeur à charbon, troquait sa chaudière noire et fumeuse contre un système de propulsion  à air comprimé (cette technologie équipa le réseau des tramways nantais dès 1879, et jusqu’en 1917, date à laquelle l’électrification fut généralisée).

Le panorama dressé par les quatre experts interrogés par 20 Minutes n’a pas la même visée littéraire. Leur travail prospectif a toutefois le mérite de s’appuyer sur les éléments de préoccupation concrets qui, à partir de premières mutations observées dans les villes, permettent de projeter à l’horizon 2050 l’image encore  abstraite d’une métropole telle que Nantes, sans sombrer dans les conjectures fictionnelles.

Le fondateur du cabinet  d’architecture Tetrarc Michel Bertreux, l’enseignant-chercheur Laurent Lescop (Ecole nationale supérieure d’architecture de Nantes), le maître-assistant Laurent Devisme (École nationale supérieure d’architecture) et l’ancien directeur de l’agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran) Thierry Violland, proche de la maire Johanna Rolland, entrouvrent des perspectives réalistes –et pas toujours convergentes -  sur quatre grandes thématiques.

L’évolution du bâti

Pour Laurent Devisme, la ville est entrée depuis la fin des années 1990 dans une phase de reconstruction « sur elle-même ». Un cycle qui ne sera sans doute pas achevé en 2050, date à laquelle le renouvellement architectural  du paysage urbaine n’aura, de fait, peu (ou pas encore) été engagé. Les bâtiments seront donc, dans leur majorité, « proches de ceux que nous voyons aujourd’hui ».

Selon Michel Bertreux, les disparités économiques entre foyers modestes et ménages aisés se reflèteront jusque dans la conception des habitats, avec, pour une part, des bâtiments plus coûteux « bénéficiant de matériaux nouveaux et de progrès techniques », et de l’autre des projets immobiliers fondés sur le principe de la « slow construction » faisant appel à des ressources de proximité.

Laurent Lescop voit dans le recours inévitable à des « matériaux durables et recyclables », sinon la fin, du moins le recul du tout-béton au profit d’un usage plus régulier « du bois, puis rapidement de la terre ».  D’après lui, les toitures des immeubles sont vouées à devenir des espaces de vie où l’on pourra « jardiner, se détendre et se réunir ».

Une redistribution de l’attractivité ?

Les quatre experts s’accordent à dire que le cœur de ville restera « une place forte » valorisée par « son patrimoine historique et ses vitrines commerciales ». Son lien avec la proche périphérie devrait toutefois se renforcer à la faveur d’une extension du réseau de transports collectifs. La Loire également a vocation à être réintégrée dans le rayon d’influence des quartiers centraux, notamment grâce à la reconfiguration  « de la place de la Petite-Hollande » qui servira de jonction : une vaste esplanade végétalisée et ouverte sur le fleuve  va y remplacer l’actuel parking de 700 places d’ici à 2024. A l’échelle de la métropole, les nouveaux lotissements attendus en bord de Loire (bas-Chantenay ou Zac des Isles à Rezé) devraient être prisés des candidats à l’acquisition désireux de garder un contact au moins visuel avec la nature.

Les principaux bouleversements sont à prévoir en périphérie. La recherche de terrains constructibles devrait, selon Michel Bertreux, conduire promoteurs et pouvoirs publics à y reconquérir « des zones abandonnées, petites friches et parcelles routières délaissées ». Pour Laurent Lescop, l’apparition de ces nouveaux centres de gravité pourrait aboutir à « une dédensification globale»  apte à garantir à chacun, et dans un périmètre resserré, « une offre de commerces et services suffisante »

La fin de la voiture ?

Michel Bertreux ne pronostique pas la disparition de l’automobile. Il évoque plutôt une généralisation, sur les voiries, de « véhicules plus propres, plus autonomes et plus connectés ». Laurent Devisme fait, au contraire, le pari d’une circulation allégée dans laquelle le tramway, les bus, le vélo et les piétons tiendront une position dominante au détriment des voitures reléguées « dans des parkings-relais » qui proposeront des services de location.

Pour Thierry Violland, « l’amélioration des espaces publics va automatiquement favoriser les déplacements des piétons et cyclistes ».

Un retour de la nature ?

L’agriculture urbaine a de beaux jours devant elle. C’est du moins ce que croit Laurent Lescop  convaincu qu’elle prendra la forme de vergers à l’ombre desquels chaque citadin pourra disposer librement de leurs productions fruitières.

Pour Thierry Violland, « la nature va apaiser la ville par de multiples touches ». L’ancien directeur de l’Auran annonce l’arrivée de fermes urbaines et l’accroissement des « jardins partagés, des murs végétalisés » dans un milieu où la place des arbres sera « réhabilitée ».
Selon Laurent Devisme, cette forme de ruralisation ne constitue en rien une rupture : « En réalité, Nantes est déjà une ville très verte. Les enjeux de transition écologique peuvent s’y déployer sans bouleverser le modèle existant ».

 

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