Immobilier : Internet réinvente les relations de voisinage

 15.02.2019  Digitalisation

Le lien social qui unissait jadis les habitants d’un même village tend à se réactiver à l’échelle des grandes villes où le recours au numérique donne à second souffle à l’entraide de proximité au sein des ensembles collectifs.

On choisit ses amis, on ne choisit pas sa famille…ni ses voisins, pourrait-on ajouter au célèbre proverbe français. Avec l’explosion urbaine de la seconde moitié du XXème siècle, s’est installé un nouveau modèle de société où l’individualisme a progressivement pris le pas sur les habitudes communautaires propres aux anciennes formes d’habitats rurales, par nature moins denses et anonymes. Cette distance transparait dans certaines enquêtes, sans que leurs résultats présentent pour autant un caractère rédhibitoire : en 2016, un sondage réalisé dans le cadre de la Fête des voisins révélait par exemple que 18% des français -moins d’un sur cinq-  avaient développé une relation amicale avec le(s) ménage(s) qui loge(nt) à côté de leur maison ou de leur appartement. Pudeur qui n’empêche pas la bienveillance et la mise en pratique d’un esprit de solidarité : 82% des personnes interrogées affirmaient cultiver des rapports cordiaux avec leur vis-à-vis, jusqu’à, pour 72% d’entre-eux, rendre aux intéressés des services ponctuels consistant à réceptionner un colis (lorsque son destinataire est absent), surveiller un domicile inoccupé ou prêter des outils - voire des aliments - en cas de nécessité.

Des coups de pouce entre voisins

De ces inclinations humaines à l’entraide, identifiées à l’échelle réduite d’un palier ou d’un couloir, sont progressivement nés des outils technologiques aptes à développer des connexions de voisin à voisin, dans une logique de « mise en réseau » élargie à un bâtiment, une  copropriété, un quartier ou même une ville. L’environnement numérique apparaît aujourd’hui comme un terrain propice à la conception de ces plateformes où les premières approches virtuelles entre riverains aboutissent à des actions concrètes à vocation sociale : demande de garde d’enfants ou de soutien scolaire à domicile, pet-sitting, passage d’annonces  pour solliciter un coup de pouce concernant des opérations de bricolage, des livraisons de provisions, un déménagement ou l’organisation d’une soirée entre « résidents » d’un même immeuble.
Depuis 10 ans, de multiples solutions, initiées le plus souvent par des start-ups, ont investi ce nouveau marché essentiellement urbain. Déployées sous forme de « web app » ou applications mobiles, toutes portent un nom évocateur – Smiile (ex-monptivoisinage), mesvoisins.fr ou encore CityLity (déployée sur l’ensemble du parc Thierry Immobilier) et fondent leurs modèles sur des services interactifs et géolocalisés, souvent gratuits, parfois payants.

D’autres initiatives émanent d’entreprises historiques comme les Pages Jaunes, à l’origine d’Hamak.fr, un quasi-jobboard où l’offre et la demande de prestations rémunérées sont mises en relation. Smille ou le site Allovoisins se présentent comme des espaces partagés où les utilisateurs se croisent en fonction de leur proximité géographique pour louer, prêter ou vendre des objets du quotidien, réaliser de achats groupés, rechercher un covoiturage ou demander à l’ensemble des membres du réseau des « bons plans » resto, shopping ou ciné.

En 2016, le gestionnaire de copropriétés Thierry Immobilier (16 000 lots répartis entre Nantes et Saint-Nazaire) a déployé la solution connectée CityLity dans ses résidences  afin d’y encourager l’entraide et resserrer le lien social, mais aussi fluidifier la communication entre les habitants et le syndic. L’un des objectifs recherchés vise notamment à accélérer la signalisation des incidents dans les parties communes, à améliorer la communication, et réduire les délais de réparation.

Ainsi que l’avait mesuré un récent rapport du Parlement de Strasbourg, les français seraient, en Europe, les plus friands de cette économie collaborative, laquelle confine parfois au système D, comme dans les cas précédemment cités : les plateformes en ligne destinées à la proposition, l’échange et l’utilisation de services entre particuliers compteraient 36% d’utilisateurs dans l’Hexagone, loin devant l’Allemagne (20%) et surtout la Grande-Bretagne (8%). Sans surprise, le secteur est largement porté par les activités liées à l’hébergement, l’échange et la location d’appartements (15 milliards d’euros, soit la moitié des transactions comptabilisées).

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